PORT-BAIL, LA QUESTION DES ORIGINES MONASTIQUES

 

Par Julien Deshayes, historien, animateur du patrimoine

du Pays d’Art et d’Histoire du Clos du Cotentin ( novembre 2010 ).

RUBRIQUE PROVISOIRE.

Le récit de l’arrivée miraculeuse des reliques de saint Georges et la question des origines monastiques de Portbail

eglise-Notre-Dame-3118
         L'église Notre-Dame de Port-Bail et les bâtiments 
             de l'ancien prieuré de l'abbaye de Lessay.

  

     Il est peu d’édifices du Cotentin posant autant de questions relatives à ses origines que l’église Notre-Dame de Portbail ( 1 ). Le dossier historique et archéologique de cette paroisse littorale, située sur l’un des estuaires de la côte ouest du Cotentin, est en effet particulièrement abondant. Etablie au sein d’une agglomération romaine, repérée et signalée dès le début du XIXe siècle par Charles de Gerville l’édifice a fait en 1968 l’objet de fouilles archéologiques ayant permis de dégager, au bas de la nef, les vestiges d’un hypocauste ayant probablement appartenu à des thermes antiques. En 1956 ont également été trouvées, à deux cent mètres de l’église, les fondations et la piscine hexagonale d’un baptistère mérovingien, associées à une importante nécropole du haut Moyen-âge ( 2 ). D’autres sondages plus récents ont conduit à identifier, tout près du baptistère, le plan au sol d’un fanum païen, qui semble ensuite avoir été transformé en sanctuaire chrétien. Les prospections menées par Gilles Laisné sur le havre ont aussi révélé une monumentale pêcherie de bois, datée du dernier tiers du Xe siècle de notre ère ( 978 ), indice d’une reprise précoce de l’activité économique dans ce secteur au lendemain des incursions scandinaves.

    Du côté des sources écrites Portbail est évoqué au IXe siècle par un célèbre passage de la chronique de l’abbaye de Fontenelle, mentionnant l’emporium ( un port marchand, lieu de débarquement et d’échange des marchandises ) établi en ce lieu ( 3 ). Après la période des incursions scandinaves, en 1026, Portbail réapparaît à la fois comme le siège d’une « abbatia » et le site d’un « portus » ducal dans le douaire constitué par Richard III au profit d’Adèle de France ( 4 ). On sait que l’église Notre-Dame fut ensuite donnée, avant la fin du XIe siècle, à l’abbaye de Lessay par Roger d’Aubigny et devint ainsi l’un des prieurés de cet établissement bénédictin. Le rétablissement sous la forme d’un simple prieuré d’une abbaye d’époque pré-scandinave constitue, dans la Normandie de l’époque ducale, un phénomène particulièrement fréquent ( 5 ). Ceci est tout particulièrement observable en Cotentin où des sites tels que le Ham, Orval, Saint-Pair et Saint-Fromond ont connu un destin similaire. Malgré la disparition des premières communautés et le morcellement des propriétés monastiques, subsistait au XIe siècle une mémoire précise touchant à la nature et à la consistance de ces anciens domaines ecclésiastiques. A l’exemple de Portbail répond ici celui de l’église de Saint-Pair-sur-Mer, site de l’abbaye disparue de Sesciacus, également citée vers 1025 sous ce titre d’abbatia ( 6 ).

    En dépit de son caractère allusif, cette référence à une abbaye anciennement établie sur le site de Portbail prend place dans une topographie religieuse particulièrement favorable. Outre le baptistère, l’église paroissiale Notre-Dame et l’église toute proche de Saint-Martin de Gouey, l’agglomération abritait jadis une chapelle vouée à l’archange saint Michel. Citée une première fois vers 1270, celle-ci est à nouveau mentionnée en 1332 sous l’appellation de « capella Sancti Michaelis sita in cimiterio » et semble être venue se substituer au fanum antique découvert auprès de l’ancien baptistère. Auprès de l’église Saint-Martin de Gouey existait encore une autre chapelle, dite à la même date « Saint-Pierre du cimetière », probablement assignée elle aussi à une vocation funéraire ( 7 ). Avec leurs nécropoles associées, ces multiples sanctuaires définissent un pôle religieux tout à fait considérable et le choix des différents vocables apparait également conforme aux titulatures de nombreux monastères du haut Moyen-âge.

    La question des origines et du devenir de cette abbaye disparue a cependant fait couler beaucoup d’encre et demeure encore indécise. Ce qui est en effet déroutant est que notre seule source du haut Moyen-âge relative à Portbail, la Chronique de Fontenelle, rédigée dans les années 830-840 mais relatant des évènements censés être survenus entre 747 et 750, reste entièrement muette sur l’existence d’un tel établissement. Lorsqu’il évoque l’échouage dans le port d’une tour reliquaire contenant un fragment de la mâchoire de saint Georges « ainsi que plusieurs autres reliques de divers saints », du bois de la vraie Croix et un livre des évangiles, le narrateur ne cite aucun moine ni abbé, ni évêque, ni autre représentant d’une quelconque autorité religieuse ( 8 ). L’ouverture du reliquaire et l’identification des reliques sont assurés par le comte du « pago Coriovallinse », nommé Richwin, et par des « religieux revêtus de la dignité sacerdotale », convoqués pour l’occasion mais ne résidant manifestement pas sur place. Ce qui est notable également est que ces précieux objets, une fois identifiés, ne sont pas conservés à Portbail mais hâtivement transportés à Brix ( 9 ), qui était alors la propriété d’un aristocrate local ( illustris viri ). Il est précisé que trois églises furent alors édifiées sur ces reliques et que, offertes à l’abbaye de Fontenelle par « un seigneur nommé Benehardus», elles suscitèrent des guérisons miraculeuses et d’importants pèlerinages. Contrairement à ce qui fut souvent affirmé, ce récit n’atteste donc absolument pas que Portbail fut alors un centre religieux, un siège du pouvoir comtal, ni même une dépendance de l’abbaye de Fontenelle. Ce qu’il transcrit se rapporte plutôt à la désaffectation du site, au fait que ce port marchand n’était, au début du IXe siècle, associé à aucun établissement ecclésiastique notable. Comment imaginer en effet, s’il avait existé à Portbail une communauté monastique de quelque importance, que cette dernière n’ait pas conservé à son profit des reliques si précieuses, venues en outre s’échouer sur son propre domaine ? Tout ceci porte plutôt à croire que, s’il y eut bien une abbaye établie à Portbail, celle-ci avait au milieu du VIIIe siècle déjà périclité ou totalement disparu.

eglise-Saint-Martin-3098   Vitrail évoquant l'échouage d'une tour reliquaire à Port-Bail au 
     milieu du VIIIe siècle ( église Saint-Martin de Portbail ).

    Une telle disparition est-elle de nature à surprendre ? En Cotentin, on sait que la confiscation des propriétés monastiques fut d’une certaine façon généralisée en 867, lorsque Charles le Chauve concéda au roi Salomon de Bretagne « tout le comté du Cotentin avec ses fiscs, ses domaines royaux et ses abbayes » ( 10 ). Avant même cette date, le recours à l’appropriation des biens d’églises était déjà devenu un moyen habituel de financement employé par la dynastie des Pippinides. Nombre d’abbayes et de propriétés monastiques se virent ainsi annexées au profit du trésor carolingien, afin de monnayer des alliances ou de financer l’effort de guerre. Charles Martel, prédécesseur de Pépin, avait largement développé le recours à la sécularisation des propriétés ecclésiastiques au bénéfice des leudes (représentants de la haute aristocratie Franque) dont il souhaitait obtenir le soutien. Les évènements relatés par la Chronique de Fontenelle, contemporains de l’accession au trône de Pépin le Bref, s’inscrivent dans une période précisément marquée par de nombreuses confiscations et redistributions similaires ( 11 ). D’après ce que l’on sait du contexte de cette période, il ne serait pas étonnant par exemple que le comte Richwin, désigné dans le récit comme le principal acteur du transfert des reliques de Portbail, ait lui-même reçu cette abbatia en bénéfice par attribution directe du souverain et pour rémunération de sa charge. 

    Le transfert des reliques de Portbail coïncide aussi, au milieu du VIIIe siècle, avec la création de la Marche de Bretagne, un commandement militaire mis en place par le pouvoir carolingien pour contraindre l’expansion des bretons. En 753 – date contemporaine de l’affaire des reliques de Portbail – Pépin le Bref conduisait en direction de Vannes la première d’une longue série de campagnes militaires, et, en 778, en la personne deRoland de Roncevaux, est cité le premier « préfet de la marche de Bretagne ». Bien qu’elle ne soit pas habituellement intégrée aux territoires constitutifs de la Marche, la presqu’île du Cotentin était cependant directement concernée. D’après les « miracles de Saint-Wandrille », on sait par exemple que l’abbé Gervold de Fontenelle conduisit vers l’an 800 une légation sur l’île toute proche d’Angia (Jersey), alors peuplée de bretons dirigés par le duc Anowarith ( 12 ). La pression exercée sur les îles situées face aux côtes du Cotentin se trouve également explicitée dans un document postérieur, relatant le vol des reliques de saint Magloire, enlevées à Serk vers 847 par des moines de l’abbaye de Léhon ( 13 ). A cette date, le « péril breton » s’étendait jusqu’au Bessin puisque les reliques de saint Regnobert, durent, pour échapper au pillage, être évacuées de Bayeux( 14 ). La menace pesant sur les trésors des églises de cette région, perceptible depuis le milieu du VIIIe siècle, fut donc ressentie bien avant la concession du Cotentin à Salomon de Bretagne et le début des incursions scandinaves. Site portuaire implanté sur la côte ouest, Portbail montrait une position particulièrement vulnérable. Le transport des reliques de saint Georges vers l’intérieur des terres et leur installation à Brix, sur le domaine d’un important seigneur local, pourrait à ce titre aussi bien résulter d’un acte de prédation que relever d’une mesure de protection élémentaire.

    Décrit par la chronique de Fontenelle comme un village situé sur « le sommet aplati d’une haute montagne », le site de Brix a conservé, dans la topographie comme dans la toponymie locale, la trace d’une fortification tout à fait considérable.

Brix--la-colline                          Brix, la colline.
Brix--vue-             Brix, vestiges des fortifications du castrum.

    Cité en tant que castrum ducal dans un document du début du XIe siècle, le château de Brix est demeuré en usage jusqu’à l’annexion de la Normandie au royaume de France en 1204. Cet ensemble affecte l’aspect d’une haute enceinte fossoyée établie sur la pointe d’un éperon, précédé au sud-ouest par un vaste retranchement délimitant une série de terrasses qui s’étagent sur le flanc escarpé d’une colline culminant à 176 mètres d’altitude ( 15 ). Malgré les modifications apportées sur l’édifice à l’époque ducale, l’ampleur de l’enceinte déterminée par ces retranchements évoque celle d’autres castella d’époque Franque, qui intégraient aussi bien des bâtiments résidentiels que des jardins ou des vergers. Dans la géographie historique des lieux de pouvoirs du haut Moyen-âge identifiés en Cotentin, Brix présente ainsi une position assez voisine de celle du château dit du Mont-Haguais ou de Abiland, sur la commune de Quettehou, qui, avant d’être détruit par les scandinaves, fut selon Wace la résidence d’un homme « mult sages et curteis » ( 16 ). La topographie du château de Brix évoque aussi celle du Mont-Castre de Montebourg, autre site de hauteur dont l’enceinte vient envelopper à la fois la pointe et le flanc nord d’un relief dominant Valognes et le Val-de-Saire ainsi que toute la région du Plain.

Compo-Mt-Castre
     Le site du Mont-Castre de Montebourg. L'enceinte fossoyée 
     est encore visible. Détail de la carte de Mariette de la 
        Pagerie( 1689 ) et de l'Atlas Trudaine ( vers 1780 ).

    Hors, ce Mont-Castre – qui a manifestement déterminé la dénomination même de Montebourg ( 17 ) – était comme Brix, étroitement associé à un important sanctuaire à reliques du haut Moyen-âge. Antérieurement aux incursions scandinaves, l’église voisine de Saint-Floscel abritait en effet les reliques d’un saint éponyme ayant, selon la légende, subit le martyr à Bayeux durant les persécutions ordonnées par le gouverneur Valérien ( 18 ). Le récit de la passion de Floscel relate comment le corps du saint, initialement inhumé à Bayeux, fut volé et ramené nuitamment en Cotentin par des nautoniers de cette province. Dans l’une des versions de cette Passion, texte rédigé selon Léopold Delisle au IXe ou Xe siècle, la localité est nommément citée sous l’appellation d’ « oppidum Duurensis », en référence à la rivière Durance, arrosant effectivement le terroir de Montebourg ( 19 ). Sans développer ici tous les arrières plans contenus dans ce document, on retiendra que le site y est implicitement donné comme résidence du père de Floscel, qualifié de « seigneur de toute la province », inscrivant aussi cet oppidum au rang des lieux de pouvoir tenus par l’aristocratie terrienne. Mais ce qui apparait surtout instructif est que la Passion de saint Floscel contient plusieurs références directes à saint Georges : propos sur le préfet Valérien ayant rétabli les détestables maléfices que saint Georges avait détruit ; harangue du même préfet comparant Floscel à un nouveau saint Georges ; citation des paroles de Floscel évoquant lui-même pour modèle l’exemple de saint Georges. De même enfin que la chronique de Fontenelle apporte des précisions sur le culte qui s’est développé auprès de la basilique édifiée à Brix par le comte Richwin, la Passion de saint Floscel ne manque pas de louer les innombrables miracles accomplis dans l’église bâtie sur le coffre contenant son précieux corps. L’analyse croisée de ces récits suggère ainsi qu’il existait un lien étroit – voir une certaine concurrence – entre ces deux sanctuaires à reliques, distants de moins de quarante kilomètres. Cela permet d’inscrire les évènements survenus à Portbail dans un contexte local marqué par d’autres « remues » de reliques, effectuées elles aussi en direction de sites défensifs tenus par l’aristocratie locale.

    L’intervention dans le récit du comte Richwin, missionné selon la chronique de Fontenelle à la tête du « pago Coriovallinse » offre un autre indice de ces arrières plans stratégiques. Ce « pago Coriovallinse », ne possède pas de limites clairement définies mais désignait manifestement un territoire commandé depuis Cherbourg, site d’un castrum édifié au Bas-Empire pour protéger le « Littoral Saxon », encore dénommé alors sous son appellation antique de Coriallo ( 20 ).

cherbourg2 Le castrum de Cherbourg d'après une vue cavalière levée au XVIIe siècle( coll.de la chambre de commerce et d'industrie de 
                        Cherbourg-Cotentin ).


    Cette mention renvoie à une autre référence, contenue dans les « constitutions d’Ansegise », listant vers 830 les cuirs produits dans le « Corialinse » au profit de l’abbaye de Fontenelle. Elle trouve également échos dans une liste de circonscriptions administratives, donnée en 853 comme objectif des émissaires royaux ( les « Missi dominici » ), qui distingue à nouveau le « Coriliso » du reste du « Constantino » ( 21 ). A la date de 739 en revanche le domaine de Lestre, pourtant situé très au nord, sur la côte est de la presqu’île du Cotentin, était encore localisé par cette même chronique de Fontenelle dans les limites du « pago Constantini ». Il est probable en conséquence que cette circonscription ne connut qu’une existence éphémère. Sans doute fut-elle précisément créée par les autorités carolingiennes, pour des motifs d’ordre militaire et dans le but de renforcer la protection du littoral de ce secteur sensible de la Neustrie ( 22 ).

    En mêlant une extrême précision dans la contextualisation des faits avec l’usage de poncifs parmi les plus communs de la littérature hagiographique le chroniqueur s’efforce bien entendu d’établir la légitimité de l’abbaye de Fontenelle dans la jouissance de ce précieux trésor. Le thème du transport miraculeux de reliques portées sur un chariot tiré par deux vaches laissées à elles-mêmes possède d’évidentes origines bibliques.

015-fuite-moines     Convoi de reliques ( tiré par des boeufs ), d'après un 
                         psautier carolingien.

    Il renvoie également à nombre de récits similaires du haut Moyen-âge, concernant aussi bien les reliques de saint Ronan, celles de sainte Dymphe et du saint Voult de Lucques, ou encore celles de saint Fursy, transportées par ce moyen à Peronne au VIIe siècle ( 23 ). Le texte de la chronique de Fontenelle est à ce titre tout à fait représentatif des procédés narratifs servant traditionnellement à couvrir des vols ou des partages litigieux de reliques. Le récit de l’échouage providentiel du reliquaire dans le port de Portbail renvoie lui-même à un nombre considérable de légendes se rapportant aussi bien à des corps saints qu’à des statues ou d’autres objets précieux. L’enjeu du chroniqueur n’est pas uniquement de renforcer, par le recours au miracle, la sacralité des objets vénérés à Brix, ni même de justifier ainsi la propriété de ce trésor, mais bien de camoufler une appropriation pour le moins suspecte. Si son témoignage trop méticuleusement étayé par la production des « preuves historiques » données dans le récit se rapporte bien à des faits réellement survenus, il prend soin dans le même temps d’éluder le motif et les conditions de ce transfert. On peut donc se demander dans quelle mesure les évènements relatés par le rédacteur de Fontenelle ne décrivent pas, de façon voilée, une forme de vol ou de désappropriation de reliques, commis au détriment d’un monastère en voie d’abandon ou de confiscation. L’absence de toute référence à une quelconque abbaye dans le texte de la Chronique ne traduirait pas uniquement la disparition antérieure de cet établissement, mais révélerait en fait les circonstances mêmes de sa suppression. Orchestré par les autorités carolingiennes le transfert des reliques de Portbail vers un autre site aurait ainsi accompagné le processus même de la désaffectation de l’ancien monastère. 

    Si les pistes que nous venons d’évoquer peuvent permettre de mieux comprendre le contexte lié à la disparition de l’abbaye de Portbail, l’origine de cette fondation, son mode de fonctionnement et son extension territoriale demeurent en revanche totalement méconnus. Nous avons souligné déjà que la multiplicité et la densité des sanctuaires identifiés à l’intérieur de l’agglomération définissaient potentiellement l’emprunte laissée par un établissement monastique du haut Moyen Age. Cette problématique rejoint aussi la question, encore largement débattue, des motifs justifiant la présence sur ce site d’un baptistère de type paléochrétien ( 24 ). Sans doute convient-il, avec Jean Barros et Lucien Musset, de l’identifier à un baptistère monastique, tel qu’il en existait à Agaune et peut-être à Saint-Vigor de Bayeux ( 25 ). Mais une telle hypothèse n’exclut pas l’option, également défendue par certains historiens, d’une relation étroite unissant ce baptistère avec l’évêché de Coutances.

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 Vitrail de la cathédrale de Coutances ( XIIIe siècle ), l'évêque 
saint Lô assistant aux funérailles de saint Pair et saint Marcouf.

    Des fouilles effectuées à Meysse en 1978 et à Roanne en 2005 ont permis de mettre au jour deux autres exemples de baptistères situés hors d’une cité épiscopale mais dont on suppose qu’ils devaient servir de paroisses-relais, éventuellement desservies par un co-évêque ( 26 ). Comme nombre de fondations monastiques de l’époque mérovingienne, l’abbaye de Portbail pourrait facilement avoir aussi constitué, sinon une émanation directe du pouvoir épiscopal, du moins un relai et un support de son action évangélisatrice. Faut-il rappeler combien d’abbés furent également – à l’instar de saint Pair ou de saint Fromond – appelés aux honneurs de la fonction épiscopale ?

retable-d-  Saint-Lô-d'Ourville, détail du retable du maître autel: saint Lô.

    Le fait que l’évêque saint Lô soit aussi bien vénéré dans la paroisse voisine de Saint-Lô-d’Ourville qu’à Portbail même, en tant que patron secondaire de l’église Saint-Martin-de-Gouey, est de nature à soutenir cette interprétation.

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               Saint Lô, église Saint-Martin de Portbail.

    On peut aussi rappeler qu’il existait encore au XVIIe siècle, aux abords proches de la ville, une chapelle vouée à saint Médard, évêque de Noyon dans la première moitié du VIe siècle ( 27 ). Selon une tradition anciennement établie, saint Médard fut le frère jumeau de Godard, archevêque de Rouen et c’est ce dernier qui, vers 525, assura l’investiture de saint Lô sur le siège épiscopal de Coutances. Un tel environnement cultuel conforte l’hypothèse d’un lien étroit unissant l’abbatia de Portbail à l’évêché de Coutances. Il incite également à rattacher les origines de cet établissement à la principale période d’essor des fondations monastiques, qui, en Cotentin, se concentre surtout entre la première moitié du VIe siècle et le dernier tiers du VIIe siècle.

    La vocation paroissiale de l’église Notre-Dame, bien qu’attestée depuis le XIIe siècle est cependant curieusement nuancée vers 1270 par le Livre noir de la cathédrale de Coutances, qui précise que les offices ne s’y tenaient en fait que le dimanche. Le reste de la semaine, le curé célébrait « dans une chapelle située loin de l’église paroissiale, dans les limites de la paroisse ; et les paroissiens, à cause de sa proximité, y venaient assister au service divin ».

img043b                         Chapelle Saint-Siméon.

    La chapelle en question désigne selon toute évidence celle de Saint-Siméon-Stylite, positionnée de fait au cœur de l’ancien territoire paroissial de Portbail, tandis que le prieuré de Lessay et l’église Notre-Dame occupaient, jusqu’en 1818, une situation isolée, étrangement placée en enclave à l’intérieur de Saint-Martin-de-Gouey. Bien qu’elle résulte de remembrements paroissiaux qui ne furent sans doute pas effectués avant le XIe siècle, cette situation traduit potentiellement une distinction plus ancienne entre l’espace dévolue à la communauté monastique et celui auquel avaient accès les populations avoisinantes. 

    Cet isolement relatif est conforté par une mention contenue dans le Livre des Fieux, rédigé par le prieur au milieu du XVe siècle, qui précise que l’église Notre-Dame se trouvait en outre établie « sur un rocher isolé du bourg et du rivage », accessible uniquement par une passerelle mobile ( 28 ). Mais le rappel de cette situation semi-insulaire conduit surtout à s’interroger sur le lien éventuel unissant l’ancienne abbaye de Portbail à l’île dite de « Marmoutier », appartenant à l’archipel des Ecréhous, située à 15 kilomètres dans l’axe du havre ( 29 ). Si ce toponyme suggère spontanément de possibles antécédents monastiques, cette topographie très particulière évoque aussi de façon tout à fait directe celle d’autres sanctuaires insulaires du Cotentin : chapelles des îles Saint-Marcouf et de l’île Chausey en particulier, qui constituaient toutes deux des retraites érémitiques, associées respectivement aux monastères de Nantus et de Sesciacus ( 30 ). Notons que ces édifices connurent à l’époque ducale un destin relativement similaire puisque tous trois entrèrent alors dans le patrimoine d’abbayes normandes et maintinrent au moins provisoirement leur vocation érémitique. La présence, attestée en 1738 dans l’église Notre-Dame de Portbail, d’un autel voué à saint Antoine ( 31 ) – le saint ermite par excellence – ne pourrait-elle constituer un autre indice du maintien de telles traditions ? Portbail se rattacherait ainsi à un grand nombre d’établissements monastiques du haut Moyen-âge qui, à l’instar des exemples précédemment cités, furent couramment précédés par des implantations de type érémitique ( 32 ). 

    Vouée à un autre ermite parmi les plus célèbres de l’hagiographie chrétienne, la chapelle Saint-Siméon de Portbail renvoie peut-être au même héritage cultuel. Bel exemple de la diffusion du culte des saints orientaux en Cotentin, ce vocable a été parfois interprété comme un indice de l’ouverture de la région aux apports maritimes venus de ces lointaines contrées ( 33 ). Dans le contexte qui nous intéresse ici, il serait tentant également de rattacher cette titulature à l’arrivée de « plusieurs autres reliques de divers saints »  ( 34 ) parvenues à Portbail en même temps que celle de saint Georges. Dans un environnement proche, l’église de Saint-Maurice-en-Cotentin et celle – naturellement – de Saint-Georges de la Rivière semblent ouvrir des pistes similaires. 

    Au-delà de ces notions éparses se pose à propos de l’abbaye de Portbail une question de définition territoriale demeurée également irrésolue. Le douaire ducal de 1026 indique en effet – de manière énigmatique – que l’abbatia de Portbail était assise sur l’eau de la Jerfleur (« abbatiam necnon que appellatur Port Bahil que sita est super aquan Jor Fluctum cum portum »), une rivière qui se jette en fait dans le havre de Carteret, à près d’une dizaine de kilomètres au nord. Sauf à admettre qu’un changement de nom ou qu’une modification considérable du tracé de ce cours d’eau ne soit intervenue depuis le XIe siècle, comment en effet interpréter une telle assertion ? La réponse est en fait suggérée par l’exemple, déjà invoqué, de l’ancien monastère deSesciacus, lui aussi entré avant le XIe siècle en possession des ducs, et dont nous est donné en 1025 une description relativement précise. Loin de se limiter à la seule agglomération actuelle de Saint-Pair-sur-Mer, cette abbatia s’étendait alors à un vaste territoire délimité à l’ouest par la mer, à l’est par l’ancienne voie romaine ( dite viam publicam ) menant vers Coutances, au nord par la rivière Vendelée et au sud par le Thar. L’abbatia intégrait donc une vingtaine de communes actuelles et correspondait, dans ses grandes lignes, aux limites de l’ancien doyenné de Saint-Pair.

Sesciacus
Hypothèse de restitution du territoire de l'abbatia de Saint-Pair.

    Le terme d’abbatia, conformément à son acception la plus courante ( 35 ), ne désignait donc pas dans les chartes ducales du XIe siècle les seuls bâtiments compris dans la clôture monastique mais bien l’ensemble des terres et dépendances sur lesquelles l’abbé exerçait sa juridiction et percevait ses revenus.

    Le même type d’observations peut-être effectué à propos du domaine d’une autre grande abbaye pré-normande du Cotentin, celle de Nantus, fondée au VIe siècle par saint Marcouf sur le rivage de la côte est du Cotentin. Selon la vita du saint, celle-ci intégrait depuis sa fondation le territoire d’un fisc royal concédé par le roi Childebert et se vit encore enrichie, quelques années plus tard, par « toutes les villae attenantes aux monastères » ( 36 ). Hors, lorsque l’église de Saint-Marcouf, située à l’emplacement de cette abbaye, réapparait vers le milieu du XIe siècle dans les sources écrites, elle figure associée aux paroisses voisines de Foucarville, Saint-Germain et Saint-Martin de Varrreville ainsi que Sainte-Honorine d’Audouville et Sainte-Marie de Poupeville ( 37 ).

Abbatia-st-Marcouf
             Hypothèse de restitution du territoire de 
                   l'abbatia de Saint-Marcouf.

    Reporté sur une carte, cet ensemble dessine un étroit bandeau littoral, assez nettement délimité à l’ouest par un important axe routier conduisant à la baie des Veys.

    Dans sa définition primitive, le domaine de l’abbatia de Portbail pouvait donc facilement s’étendre lui aussi bien plus haut vers le nord, jusqu’à la Jerfleur et au havre de Carteret. Il existait d’ailleurs, couvrant cet espace, une entité territoriale connue à partir du XVe siècle sous le titre de « Banlieue de Barneville », dont l’accès était soumis au paiement d’une taxe sur les marchandises ( 38 ). Cette périphérie juridique prenait appuis au sud sur la rivière de Gris, qui se jette dans le havre de Portbail, et au nord sur d’autres cours d’eau débouchant au havre de Carteret. Elle se trouvait partiellement délimitée à l’est par le « grand chemin du pont Saint-Paul rendant à Pierrepont », grande route médiévale correspondant probablement à une ancienne voie antique.

Mariette-1689-abbatia-de-Portbail-b
 Hypothèse de restitution du territoire de l'abbatia de Portbail.

Les délimitations de cette bande de terre littorale faisaient donc étroitement écho à celles données pour lesabbatiae de Saint-Pair et de Nantus ( 39 ). Parmi les domaines constitutifs de ce territoire comptent en outre, sur Barneville et Saint-Jean-de-la-Rivière, divers biens (terres, salines et moulin) donnés entre 990 et 1028 à l’abbaye de Saint-Père de Chartres par Herfast, frère de la duchesse Gonnor ( 40 ). Cette donation, qui comprenait également une portion importante des possessions de l’ancienne abbaye du Ham, constitue un cas exemplaire de restitution d’anciens domaines monastiques annexés au trésor ducal dans le courant du Xe siècle ( 41 ). Cela conforte amplement le constat selon lequel l’abbatia de Portbail, couvrant jadis un assez vaste espace côtier et intégrant potentiellement un lieu de retraite insulaire, était finalement très proche dans sa définition territoriale des autres fondations monastiques établies à l’époque mérovingienne sur le littoral cotentinais. Soulignons pour conclure que les indices topographiques et toponymiques relevés – le vocable de la paroisse de Gouey en particulier – apparaissent inscrire en priorité cette abbaye dans une orbite « martinienne », telle qu’elle prévalait également dans les fondations voisines de Saint-Pair et de Saint-Marcouf.

 

1 Portbail, canton de Barneville-Carteret, arr. de Cherbourg. La principale synthèse produite sur l’histoire de Portbail est celle de Jean BARROS, Le canton de Barneville-Carteret, vol. I, le patrimoine, Barneville-Carteret, 1991, p. 209-268. Cf. également Robert ASSELIN, « Notes sur l’église Notre-Dame de Portbail », Bulletin de la Société nationale académique de Cherbourg, t. XXI, 1923-1924, p. 69-84. Nombre de remarques proposées ici résultent d’échanges et de discussions partagées avec messieurs Gilles LAISNE et Jean BARROS.

2 Michel de BOUARD, « Le baptistère de Portbail », Cahiers archéologiques, vol. IX, 1957, p.1-22 ; « Nouvelles fouilles autour du baptistère de Portbail », Annales de Normandie, vol. XVII, 1967.

3 Les références à la Chronique de Fontenelle sont données d’après l’édition de Pascal PRADIE, Chronique des abbés de Fontenelle (Saint-Wandrille), Paris, 1999.

4 « abbatiam necnon que appellatur Port Bahil que sita est super acquam Jor fluctum cum portu ». Cf. Marie FAUROUX, Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), Caen, 1961, n°58, p. 182.

5 Lucien MUSSET, « Monachisme d’époque franque et monachisme d’époque ducale en Normandie, le problème de la continuité », Aspects du monachisme en Normandie, IVe-XVIIIe siècles, Paris, 1982, p. 55-74.

6 Marie FAUROUX, Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), op. cit., n°49, p. 161.

7 Auguste LONGNON, « Pouillés de la province de Rouen », Recueil des historiens de la France, Paris, 1903, p. 335-338.

8 Pascal PRADIE, op. cit., p. 117-121

9 Canton de Valognes, arr. de Cherbourg.

10 « Le comté (…) avec tous les fiscs, les domaines royaux et les abbayes compris dans le comté excepté l’évêché » (Comitatum Constantinum cum omnibus fiscis et villis regiis et abbatiis in eodem comitatu consistentibus, ac rebus ubicumque ad se pertinentibus, excepto episcopatu donat). Cf. Martin BOUQUET, « Annales Bertiniani », Recueil des historiens des Gaules, t. VII, Poitiers, 1870, p. 96.

11 E. LESNE, « Histoire de la propriété ecclésiastique en France », t. II, « La propriété ecclésiastique et les droits régaliens à l’époque carolingienne », fasc. 1, « La sécularisation des biens d’église du VIIIe au Xe siècle », Mémoires et travaux des facultés catholiques de Lille, vol. 60, 1922.

12 Ex miracul. S. Wandregisili abb. Fontanell., Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. V, Poitiers, 1869, page 455. Gervold fut abbé de Fontenelle de 787 à 807.

13 Chanoine PIGEON, Vies des saints des diocèses de Coutances et Avranches, vol. II, p. 233-251 ; Hubert GUILLOTEL, « L’exode du clergé breton devant les invasions scandinaves », Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, tome LIX, 1982, p. 268-315.

14 Christophe MANEUVRIER, « Le récit de la translation des reliques de saint Regnobert: histoire d’une éphémère fondation monastique effectuée aux portes de Lisieux sous l’épiscopat de Fréculf », Tabularia, revue numérique du CRAHAM (accessible sur www.unicaen.fr).

15 Claude PITHOIS, Brix, berceau des rois d’Ecosse, Caen, 2001, p. 18-19.

16 Jacques LE MAHO, « Châteaux d’époque Franque en Normandie », Archéologie médiévale, t. X, 1980, p. 155-156.

17 Montebourg apparait sous la forme Montis burgi dans un acte daté de 1042. L’hypothèse proposée ici, selon laquelle ce nom désignerait tout simplement l’oppidum du Mont-Castre, me semble préférable à celle proposée par François de Beaurepaire qui propose d’y voir « le bourg vers lequel on monte, eu égard à la déclivité du site » de la ville actuelle (cf. François de BEAUREPAIRE, Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Paris, 1986, p. 160).

18 Chanoine PIGEON, Vies des saints des diocèses de Coutances et Avranches, vol. I, 1888, p. 1-29.

19 Le terme d’Oppidum désignant ici l’ensemble du territoire avoisinant. Il serait facile de démontrer que les délimitations de la paroisse de Montebourg, constituées à la fin du XIe siècle au profit des bénédictins établis sur le site, résultent d’un démembrement du territoire paroissial de Saint-Floscel.

20 Cherbourg a livré aux archéologues les traces d’une occupation continue sur toute la période du haut Moyen Age. Cf. PILET-LEMIERE Jacqueline, « Cherbourg », dans : Archéologie médiévale, vol. X, 1980, p. 398-399 et vol. XII, 1982 ; LEMIERE Jacqueline, «Premières fouilles archéologiques sur le site du château de Cherbourg (Manche) : l’occupation du Bas-Empire », dans : 105e congrès national des sociétés savantes, Caen, 1980, archéologie, p. 217-225

21 Monumenta Germaniae Historica, Inde ab anno christi quingentesimo usque ad annum millesimum et quingentesimum, Legum, Tomus I, Hannovre, 1835, page 426.

22 L’identité du comte Richwin (« Rihuuino comes ») n’est pas définie mais il s’agit là d’un nom effectivement connu des annales carolingiennes. Il fut successivement porté par Richwin de Trèves, comte de Padoue (c. 770-804), Richwin, comte de Poitiers, cité en 814-815 par les Annales d’Eginhard, et par un autre Richwin, nommé comte de Nantes en 831. Connu pour s’être opposé, en 832, à la fondation de l’abbaye de Redon par le prince breton Nominoë, tué le 25 juin 841 à la bataille de Fontenoy-en-Puisaye, ce dernier fut effectivement en charge de la Marche de Bretagne durant presque dix années. A défaut de correspondre à celles indiquées dans la chronique pour l’arrivée des reliques, les dates de son activité coïncident étrangement en revanche avec la période de la rédaction de la chronique de Fontenelle

23 P. GEARY, Le vol des reliques au Moyen Age, Paris, 1993.

24 François DELAHAYE, « Portbail, le baptistère », Bilan scientifique, DRAC Basse-Normandie, service régional de l’archéologie, 1998, p. 66-67 ; Thomas JARRY, « Le baptistère de Portbail », dans : La Normandie avant les normands, Rennes, 2002, p. 342-345.

25 Lucien MUSSET, « Monachisme d’époque franque et monachisme d’époque ducale en Normandie, le problème de la continuité », op. cit., p. 69.

26 M. LE NEZET-CELESTIN, « Le baptistère de Roanne, place Maréchal de Lattre de Tassigny (Loire) », Les premiers temps chrétiens dans le territoire de la France actuelle. Hagiographie, épigraphie et archéologie, Rennes, 2009, p. 195-202 (cité ici d’après la notice bibliographique de Marie-Céline ISAÏA :http://crm.revues.org//index11789.html.).

27 La fonction funéraire de cette chapelle est en particulier confirmée par les découvertes de sépultures effectuées sur ses abords au XIXe siècle et par la présence, en grande quantité, de fragments de sarcophages en calcaire coquillier encore visibles en remploi sur le site. Gerville a signalé aux abords la découverte de « fondations assez etendues au milieu desquelles on a trouvé des fragments de corniches en marbre, des poteries et des débris de placages couverts de peintures », cf. Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 1830, p. LXII.

28 Thierry HOURLIER, « Les fortifications des églises sur le littoral du Cotentin pendant la guerre de Cent ans », L’archéologie dans la Manche, fouilles et recherches récentes (1990-1999), Saint-Lô, Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, 2000, p. 190.

29 Cf. John McCORMACK, Channel Islands Churches, Southampton, 1986, p. 281. Sur la « Maître Isle » voisine a subsisté semble t-il jusqu’au XVe siècle une église Notre-Dame, site d’un prieuré fondé en 1203 au profit de l’abbaye cistercienne du Val-Richer.

30 Lucien MUSSET, « Essai sur l’ancien monachisme insulaire autour des côtes du Cotentin et de l’Avranchin », Nédélèqueries, Recueil d’articles offerts à Yves Nédélec, Saint-Lô, Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, 1994, p. 351-366.

31 BARROS, le canton de Barneville-Carteret, vol. I, le patrimoine, op. cit., p.217.

32 Il me parait intéressant aussi de relever une autre précision, indiquant la fonction d’accueil et d’hébergement dévolue au XIIe siècle au prieuré de Portbail. Cette vocation hospitalière est également attestée en Cotentin pour les prieurés de Saint-Martin-à-l’If sur la paroisse de Sauxmesnil, de Barnavast à Teurtheville-Bocage ou encore pour le prieuré de la Perrine, sur la paroisse du Désert. Généralement établies en bordure des voies romaines, ces lieux d’accueil reprenaient probablement des implantations beaucoup plus anciennes. Il se pourrait donc que l’hospitalité pratiquée au XIIe siècle par les moines desservant le prieuré de Portbail constitue une forme de résurgence d’une hospitalia antérieure.

33 Thomas JARRY, La Normandie avant les normands, op. cit., p. 342.

34 « plurimis pignoribus diversorum sanctorum », Gesta Austrulfi, p. 118.

35 Jan Frederik NIERMEYER, Mediae Latinitatis lexicon, Leiden, 1976, p. 2.

36 Charles GROSSET, « Hypothèses sur l’évangélisation du Cotentin, IV : Saint-Marcouf », Revue de la Manche, t. 21, fasc. 82, avril 1979, p. 39-68. Malgré l’évidence, l’auteur de cet article refuse curieusement de localiser l’abbaye de Nantus sur le site de l’actuel village de Saint-Marcouf et veut la placer dans la vallée de la Vire.

37 Marie FAUROUX, op. cit., n° 128 et 234.

38 Jean BARROS, op. cit., p. 43. Sur les origines des banlieues et leur relation avec les territoires urbains hérités de l’antiquité et du haut Moyen Age, cf. Anne JOURDAN-LOMBARD, « Oppidum et banlieue : sur l’origine et les dimensions du territoire urbain », In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 27e année, n° 2, 1972. p. 373-395.

39 Elle excède en revanche les limites établies par Claude Bouhier pour le « territoire urbain » de Portbail, cf. Claude BOUHIER, « le destin des villes et des gros villages gallo-romains de la Manche avant les invasions scandinaves », Revue de la Manche, fasc. 82, avril 1979, p. 18-21.

40 Benjamin GUERARD (éd.), Cartulaire de Saint-Père-de-Chartres, t. I, 1840, p. 108.

41 Soulignons en outre que, par un biais sans doute très similaire, une partie de l’église de Portbail et du domaine du Ham entrèrent par la suite en possession de la famille d’Aubigny (cf. confirmation de l’église du Ham au profit de Saint-Père par Guillaume d’Aubigny, c. 1132-1151 (Cf. Cartulaire de Saint-Père-de-Chartres, t. II, p. 611).

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