Géologie et Bâti ancien de la Cote des Iles.

Observations d’un géologue amateur.

Dominique Béneult

Sources et origine des documents

Carte du relief: Parc des Marais du Cotentin et du Bessin

Cartes Géologiques: BRGM

http://infoterre.brgm.fr/viewer/MainTileForward.do

Stratigraphies: Lithothèque de Normandie.

http://www.etab.ac-caen.fr/discip/geologie/

Autres:

Histoire de la Terre, Serge ELMI, Claude BABIN, Dunod 2006

La Normandie, Dir. Arnaud GUERIN La bibliothèque du Naturaliste, Ed.Delachaux et Niestlé ,2003

Cahier pédagogique n°6 ,La Géologie ,Lionel Dupret , Parc des Marais du Cotentin et du Bessin

https://www.parc-cotentin-bessin.fr/files/ged/145-cahier-pedagogique-la-geologie-72dpi.pdf

Photos Dominique Béneult


 

Nord –Cotentin : Le relief

P1Document: Parc des Marais du Cotentin et du Bessin

L’examen de la carte du relief montre que la partie Nord du Cotentin présente un paysage vigoureux; si les altitudes maximales ne dépassent pas 170m, on peut souligner dans la partie Nord-Ouest, au Nord de la ligne de Barneville –Carteret à Quettehou la présence de nombreuses barres de roches dures qui structurent le relief dans deux directions:

Ouest Sud-Ouest/Est Nord-Est et Ouest Nord-Ouest / Est Sud-Est

Au Sud de la ligne de Barneville-Carteret à Quettehou, le relief s’amollit, les collines s’abaissent, surtout dans l’Est dans le Bassin inférieur de la Douve.

A l’Ouest, sur la rive droite de la Douve, les cinq monts du Cotentin, armés également de roches dures, prolongent de façon discontinue les reliefs du Nord-Ouest: Mont de Besneville, de Taillepied, monts de Doville et d’Etenclin, et Mont Castre.

 

Résumé des épisodes précédents : Histoire Géologique de la terre en 180 secondes :

Mais je vais limiter volontairement mon propos en zoomant dès que possible sur le territoire qui nous intéresse aujourd’hui, la « Cote des Iles », c’est-à-dire pour moi la bande côtière entre le Cap du Rozel el le Havre de Lessay, limitée à l’intérieur des terres par la rive droite de la Scye, la rive droite de la Douve , la rive gauche de la Sèves et la rive droite de l’Ay.

Histoire de la Terre, Serge ELMI, Claude BABIN, Dunod 2006

 

En simplifiant avec audace; Les roches en fusion de l’asténosphére plastique s’échappent par les dorsales océaniques et se solidifient; cette accrétion continue poussent les plaques continentales et provoque leurs déplacements sur la sphère.

Les conséquences sont principalement le changement de latitude des plaques = effet sur le climat,

Et les collisions entre les plaques qui provoquent l’apparition des chaines de montagne.

L’érosion de ces chaines de montagnes fournit les matériaux à de nouvelles sédimentations continentale ou marine.

La partie océanique de la plaque reçoit la sédimentation marine provoquée par l’érosion de la partie continentale.

Paléogéographie:.

Pour la partie de l’histoire de la terre qui nous est le mieux connue, Voici la position de la plaque Armorica, qui nous porte; Au Cambrien, Ordovicien, Dévonien et Carbonifère.

On relève deux collisions ; au début du Cambrien, -540 Moi années; c’est elle qui a causé l’orogénèse Cadomienne

Et une collision au Carbonifère -300Mio années, qui a causé l’orogénèse Hercynienne

D’autres collisions ont eu lieu mais n’ont pas eu d’influence notable sur la plaque Armorica.

Depuis les temps Hercyniens, la plaque Armorica est arrimée à la plaque Eurasienne.

C1

La Normandie, Dir. Arnaud GUERIN La Bibliothéque du Naturaliste, Ed.Delachaux et Niestlé ,2003

Entre les évènements orogéniques, (les collisions), la plaque «  navigue » sous différentes latitudes et donc différents climats provoquant l’altération des roches, puis le transport des matériaux (l’érosion), leur sédimentation et une nouvelle diagénèse ( constitution d’une roche) sous l’action conjuguée ou successive de trois facteurs: pression , température , cimentation.

Ces roches s’empilent, et on peut représenter cet empilage chronologique (le plus ancien est toujours en bas) par la stratigraphie, représentation synthétique d’un carottage virtuel.

 

Voici ci- contre une stratigraphie de la Normandie; c’est un sondage idéal auquel pas une couche ne manquerait.

On représente inclinées les couches plissées par une orogénèse,

Et horizontales les couches non plissées; c’est le cas en Normandie pour les couches postérieurs au Carbonifère.

C3

 

Document: Lithothèque de Normandie, Lionel Dupret

Ci-dessus, la stratigraphie des terrains de basse Normandie, la ligne pointillée jaune tracée sur la stratigraphie sépare les terrains primaires (ou Paléozoïques) de la partie inférieure, que l’on ne trouve à l’affleurement qu’à l’Ouest de la ligne sur la cartes suivante: C’est le « Massif Armoricain », des terrains secondaires et tertiaires (Mésozoïques et Cénozoïques) situés au-dessus de la ligne jaune, que l’on ne trouve à l’affleurement qu’à l’Est de la ligne sur la carte: C’est le « Bassin Parisien ».

 

C2

Document: BRGM Visualiseur Infoterre

La carte géologique représente par des à plats de couleurs conventionnelles les terrains visibles à l’affleurement, sous le couvert végétal.

A l’examen de la carte et de sa légende on constate que tous les terrains (hors granites) situés à l’Est de la ligne jaune appartiennent à l’ère secondaire ou à l’ère tertiaire; ces terrains se sont déposés sur la plaque après l’orogénèse hercynienne .Et appartiennent géologiquement au Bassin Parisien.

Par contre tous les terrains situé à l’Ouest de la ligne sont des terrains de l’ère primaire déposés avant l’orogénèse hercynienne et appartiennent au Massif Armoricain.

Les matériaux lithiques du bâti ancien entre Le Cap du Rozel et le Havre de Lessay :

Mon but est de présenter les roches exploitées pour la construction, en indiquant leur provenance probable c’est-à-dire les affleurements, voire les lieux d’extraction si c’est possible.

Cette région est armée par des roches dures Cambriennes et Ordoviciennes, qui constituent les reliefs (Les cinq monts du Cotentin, Roches Ordoviciennes), auxquels on peut ajouter les hauteurs Ordoviciennes qui dominent Barneville (Les Landes, Romont, Bavent, St Pierre d’Arthéglise, Fierville les mines).

Les hauteurs inférieures sont constituées de Grès Dévonien, (grès à Platyorthis Monniéri), et l’étage en dessous de collines basses ou affleurent les schistes et calcaires Dévoniens (Schistes et calcaires de Néhou)

D’une façon générale dans ce secteur, les fonds de vallées sont occupés par des séries de grès minces et de schistes (de la fin de l’Ordovicien au début du Dévonien) qui n’ont joué aucun rôle dans le bâti.

C’est pourquoi elles sont négligées dans le tableau suivant.

 

D’une façon générale, les roches les plus anciennement exploitées pour le bâti sont les plus proches, celles dont les affleurements sont le plus facilement accessibles, géographiquement et techniquement.

Seules les roches particulièrement aptes au façonnement (Taille et sculpture), faisaient l’objet d’un transport long, c’est-à-dire supérieur à 15km (Un voyage par journée avec des bœufs); pour ce qui concerne la zone étudiée il s’agit uniquement de la pierre d’Yvetot – Bocage /Valognes, transporté sur 25 km, mais en quantités relativement faibles.

Pour Barneville-Carteret, toutes les autres roches utilisées ont pu être extraites à l’intérieur d’un cercle de 6 km de rayon autour Barneville (Cap de Carteret, Moitiers d’Allonne, St Pierre d’Arthéglise, Fierville les Mines, Besneville, Canville la Rocque).

Exception: L’arkose du porche Nord de l’église: la carrière « locale » la plus proche est à 10 km.

P7

Sur les cartes suivantes, les points rouges indiquent les carrières répertoriées donc récentes; les carrières anciennes sont infiniment plus nombreuses, difficiles à déceler car envahies par la végétation, transformées en décharges ou tout simplement rebouchées

Du Cap du Rozel au Cap de Carteret:

P8

L’affleurement d’Arkose Cambrienne qui a été exploité au Doué Godey, sur la route entre le Rozel et Pierreville, a pu fournir le matériau du porche Roman côté Nord de l’église de Barneville. Il est noté kp (cambrien inférieur) et représenté en violet sur la carte.

A Surtainville , l’affleurement de Schistes et Calcaires de Nehou, noté d2b (Dévonien) a fourni le bâti local et une production de chaux ; Plusieurs carrières sont visibles, et un four à chaux est en cours de restauration au hameau de la Ferrière.

https://patrimoinesurtainvillais.wordpress.com/2012/05/26/patrimoine-rural-les-fours-a-chaux/

La chaux de Surtainville a contribué à la construction de la digue de Cherbourg au début duXIXe siècle.

L’église est un bon exemple du bâti en calcaire Dévonien.

Des petits filons de microgranite orange recoupent le Dévonien de Surtainville; Ce microgranite a été extrait et utilisé au début du XXe siècle pour la construction de l’école.

A Baubigny deux importantes carrières de calcaire Dévonien ont fourni le bâti, dont l’église, et sont répertoriés pour leur intérêt géologique. (Voir plus loin).

Les Moitiers d’Allone sont bâtis avec les grés de May, noté o4-5 (grès de May), en vert sur la carte (Bavent, le Romont); ce grés est encore exploité pour la voirie dans une carrière sur la crête de Bavent et il arme les crêtes des Landes (Barneville –Carteret, de St Pierre d’Arthéglise et de Fierville les Mines (Plusieurs carrières anciennes autour du Moulin).

Le grès Armoricain, noté o2 en marron foncé sur la carte, roche très dure utilisée pour la voirie, est seulement présent dans la carrière du Bosquet (à côté de la Déchetterie D902) et c’est aussi la roche Biard, bien connue sur le cap de Carteret, et qui a une petite sœur dans une propriété au bord de la route de la corniche, au-dessus de la Potinière.

Du Cap de Carteret au Havre de Portbail :

P9

Le bâti ancien a été alimenté par une bonne variété roches locales; Proches de la mer, les schistes et calcaires Dévonien noté d2a (Schistes et Calcaires de Néhou), dont seul le calcaire, noir a été utilisé pour la construction.

Immédiatement à l’Est, les grés Dévonien couleur pain d’épice (à Platyorthis Monnieri ) notés d2a et représentés en beige-kaki ont fourni une roche assez facile à tailler dont on peut voir des carrières à Canville la Rocque (Cailloux Quenault, Sivarderie) et au Pont du Carcan (coté Varreville).

 

 

Plus loin de la mer, et plus récemment, on a exploité les grès Ordoviciens o4-5 (Grès de May) : Les Landes, St Pierre d’Arthéglise, Fierville les Mines, Besneville, Taillepied, Mont de Doville (encore en exploitation) Ces grès sont représentés en vert sur la carte.

C’est la pierre majoritaire dans le bâti de l’arrière-pays (Sénoville, Sortosville en Beaumont, St Pierre d’Arthéglise, Fierville les Mines, Besneville jusqu’à Saint Sauveur le Vicomte.)

Une originalité; la carrière ou les carrières marines, St Jean /St Georges de la Rivière et Portbail :

Probablement à partir du XVIe siècle jusqu’au début du XIXe siècle, on a extrait sur le platier (estran rocheux) du calcaire Cambrien noté k2 sur la carte.

Cette roche assez dure, susceptible de prendre un beau poli ,noire veinée de calcite blanche, a servi au bâti des villages de la côte ; Elle est très présente à Portbail, St Jean et St Georges moins à Barneville -Carteret, et semble avoir connu le succès local pour les dalles funéraires du XVIe au XVIIIe siècle (Au sol dans les églises, et 3 dressées contre les murs extérieurs de l’église St Martin de Portbail).Les carrières marines sont représentées sur la carte de Mariette de La Pagerie 1689. (Extrait ci-dessous)

P10

Disponible sur : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7710086c.zoom.f2

 

Elles sont également représentées sur la carte de Cassini, mais plus au Nord; cette localisation me parait fausse pour des raisons géologiques.

 

Sur la carte géologique actuelle (carte suivante), on les voit ou on la voit sous la forme d’une faille du platier, probablement élargie par l’enlèvement de la roche (à marée basse).

P11

Saint Georges de la Rivière : Utilisation opportuniste des blocs erratiques de l’estran :

(Blocs déposés par des glaces flottantes au cours du Quaternaire) Généralement des granites (variés).

P12

Emboitures préparées pour fendre les blocs avec des coins. Cette méthode a été utilisée par les carriers jusqu’au XIXe siècle, mais on ne peut exclure qu’elle ait été utilisée ultérieurement par des carriers occasionnels. Le débitage des blocs erratiques de l’estran explique en partie la présence ponctuelle de granites allochtones dans le bâti ancien.

P13b

De Portbail au Havre de Lessay

P14

La dernière partie de la cote, de Portbail au Havre de Lessay, offre moins de diversité

Les grés Dévonien d2a est toujours disponible, le calcaire Dévonien d2b est plus rare.

Le corps de garde de St Germain sur Ay est bâti sur un petit affleurement de grès Ordovicien o4-5

Et une petite carrière a fourni les maisons autour.

Patrimoine géologique: Les carrières de Baubigny (de l’église et de la Roquelle) :

 

Récif tropical http://www.apgn.fr/apgn/carte_site/fic_s50_121.pdf

P15

Patrimoine géologique: Les stromatolithes de St Jean de la Rivière :

http://www.apgn.fr/apgn/carte_site/fic_s50_119.pdf

P16

Dôme de stromatolithes sur l’estran

P17

Stromatolithe inclus dans un mur de Barneville –Carteret, rue Froide

Promenade autour de l’église de Barneville –Carteret et dans le haut du Bourg :

Les édifices que nous allons observer ensemble sont polylithiques, même dans leurs parties anciennes relevant d’une seule période d’exécution; Un tel polylithisme , ou emploi de pierres de nature et de provenances diverses s’interprète par diverses raisons:

Esthétiques, pour jouer sur les associations de couleurs et de textures.

Techniques: l’impossibilité d’utiliser certaines pierres pour les parties ouvragées de l ’ édifice a obligé le Maitre d’Œuvre à rechercher des pierres plus aptes au façonnement (Par exemple, le calcaire d’Yvetot-Bocage et Valognes, plus aisé à travailler que les roches locales.)

Logistiques: La pierre choisie à l’origine n’était pas toujours disponible en quantité suffisante pour l’ensemble de la construction, ou bien elle n’était plus exploitée. D’où la nécessité de recourir à d’autres roches d’appoint. Distance maximum 15 km.

Economiques: La récupération d’un stock de pierre provenant d’édifices précédents permettait des réemplois à moindres frais. Ou changement en plus ou en moins dans les ressources financières.

Modes.

Ouvertures de nouvelles carrières dans une roche différente.

P18

Promenade « géologique » autour de l’église et dans le haut du bourg de Barneville-Carteret pour voir les emplois des roches dans le bâti ancien.

Les numéros du plan correspondent aux observations qui suivent.

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